Comment accueillir la peur de mon enfant ?

« N’aie pas peur », « Ce n’est rien ! », nous n’aimons pas que nos enfants aient peur, nous les voudrions allant de l’avant et osant. « Ne t’inquiète pas, ça va bien se passer. »

Quand ils se montrent anxieux, nous tentons de les rassurer. Nous aimerions débarrasser nos enfants de toute crainte. Mais si certaines, exagérées ou déplacées, peuvent effectivement les bloquer et les empêcher de faire toutes sortes de choses, LA PEUR EST UNE EMOTION UTILE. Elle mobilise notre énergie pour faire face au danger, nous permettre de fuir, lutter ou nous figer.

Une émotion est un processus adaptatif : alerte, alarme, action (ou énergie bloquée et tension si nous ne pouvons agir) et retour au calme (libération des tensions bloquées). La peur, ce n’est donc pas seulement le moment où l’on tremble et pleure. Après avoir affronté le danger, nous relâchons l’excès d’énergie et de tension. Pleurs et tremblements sont la phase descendante pour revenir à la base. Sans cette libération des tensions, il risque de revoir encore et encore dans sa tête le scénario et de faire des cauchemars. Pour relâcher les tensions, on peut aussi jouer, rejouer ce qui fait peur, rire ensemble. Quand les larmes et tremblements semblent redoubler, c’est probablement qu’une autre émotion se cache derrière. Il nous faut alors décoder pour aider l’enfant à s’en libérer.

Parfois, l’enfant tremble avant. C’est l’anxiété. Elle pousse à anticiper, analyser et réfléchir.

« Mais pourquoi tu paniques comme ça ? Tu as toujours de bonnes notes ! »

Et si elle avait des bonnes notes justement parce qu’elle stresse ? Un peu de peur de na pas y arriver est nécessaire à l’apprentissage et à une bonne préparation. Quand on est trop sûr de soi, on est moins attentif et moins performant. Le tout est de trouver le juste équilibre. Nous avons aussi besoin d’une dose d’incertitude comme une dose de confiance en soi.

LA PEUR EST UTILE ! C’est l’émotion qui assure notre sécurité et nous permet de REUSSIR.

Dans la cour de récréation, certains se précipitent sur les jeux, d’autres prennent le temps de regarder, d’analyser. Chacun a son style. INUTILE  de pousser nos enfants dans un style qui n’est pas le leur. Un enfant qui ne connaît pas la crainte n’est pas forcément plus heureux, plus brillant ni surtout plus en sécurité qu’un enfant qui en éprouve. Certains opposent le courage à la peur. Et si justement être courageux était d’avoir peur ? de les assumer ? à la place de les camoufler, de les déguiser en d’autres émotions ? L’absence de peur, c’est la témérité. Cette dernière est dangereuse car elle nous ferme les yeux sur la réalité du danger.

Certaines terreurs de nos enfants nous paraissent irrationnelles, mais sont naturelles et simplement dues à l’immaturité de leur cerveau. Quatre ans, par exemple, est un âge où foisonnent les images mentales. Mais l’enfant ne sait pas encore faire la différence entre le réel et l’imaginaire. Il ne sait pas que cet écran s’est allumé dans sa tête et qu’il ne peut toucher ces objets. C’est pourquoi il voit tant de monstres, construits par son cerveau à partir d’un pli de la couverture, d’une ombre projetée par son nounours sur le mur… Notre travail de parent est de lui enseigner à jongler avec son imaginaire pour, peu à peu, savoir utiliser son imaginaire sans qu’il envahisse le réel.

Déstabilisés par ses angoisses, nous pouvons être tentés de chercher à le rassurer avec un effet mitigé : « Mais non, je ne vais pas mourir ». Il a beau être petit, il sait bien que personne ne peut garantir cela. Au lieu de fuir ses questions, nous pouvons les approfondir. « De quoi tu as le plus peur ? ». En discutant, en mettant des mots dessus, l’enfant peu à peu connecte d’autres zones de son cerveau aux zones émotionnes et se rassure.

Et si… et si… l’enfant construit des centaines de « et si » insécurisants. Nous pouvons rendre ce processus sécurisant en participant à cette exploration. Chaque fois, on invite l’enfant à trouver des solutions et on continue, et si…

  • Et si tu tombes, qu’est-ce qui se passe ?
  • Je peux me casser la jambe.
  • Et si tu te casses la jambe ?
  • J’irai à l’hôpital.
  • Et si tu vas à l’hôpital ?

Au bout d’un petit moment on arrive à l’absurde et l’enfant se met à rire. C’est gagné !

Plusieurs petites techniques, facile d’utilisation pour tous les parents et ou éducateurs, peuvent être appliquées afin de mieux gérer les émotions des enfants.

Pour plus de renseignements sur l’accompagnement parental face aux émotions des enfants : www.objectif-plenitude.com

Source : Mes peurs, amies ou ennemies. D’Isabelle Filliozat.