La première phrase que j’aborde lors de mes formations est : « Tant que je continuerai à faire ce que j’ai toujours fait, j’aurai ce que j’ai toujours eu ».
Logique ?
Bien sûr et pourtant…Notre système scolaire a toujours privilégié la motivation extrinsèque des apprenants. Nous fonctionnons toujours avec le système récompense-punition. Et malgré les résultats de plus en plus désastreux de cet engrenage, nous continuons à faire toujours la même chose et ce en espérant des résultats différents !Les profs sont découragés face à la démotivation des élèves, les élèves décrochent de plus en plus… ils ne comprennent pas leurs désarrois émotionnels, ils réagissent à la place d’agir…

Nous ne pourrons pas travailler sur la motivation sans prendre en compte l’impact des émotions sur l’intellect des apprenants, de la même façon que nous ne pourrons pas exercer notre métier d’enseignant avec enthousiasme, sans tenir compte de nos propres émotions.

La pleine conscience est ainsi un outil extrêmement puissant pour que les individus apprennent sur eux-mêmes, pour qu’ils puissent gérer au mieux les tsunamis émotionnels inévitables de la vie.

Mais qu’est-ce que c’est cette « pleine conscience » dont on parle de plus en plus ?

La pleine conscience (mindfulness) signifie prêter attention d’une manière particulière : intentionnellement, sur le moment présent et sans porter de jugement. Jon Kabat Zinn

Nous perdons, de plus en plus tôt dans notre vie, notre capacité d’attention. Nous sommes très sollicités par une multitude d’informations venant de l’extérieur (Gsm, télé, radio, publicités,…), mais aussi les sollicitations venant de l’intérieur (nos pensées, nos ruminations, nos planifications, nos jugements…). Ainsi, lorsque notre mental vagabonde, nous amenant dans le passé ou vers le futur, nous perdons contact avec le présent. Ce moment où la vie se passe réellement.

Par exemple, lorsqu’un apprenant perd sa motivation à étudier en justifiant que le monde est « foutu » et que ça ne vaut pas la peine de faire des efforts, ses pensées sont en train de lui balader vers le futur, il est noyé par les peurs diffusées et alimentées par les médias, il fait de suppositions et croit en celles-ci. Il a perdu contact avec le moment présent.

Lorsqu’un apprenant vit des choses difficiles à l’école ou en dehors de celle-ci, son cerveau émotionnel est « saturé » et cela l’empêche de raisonner, d’être concentré, d’être motivé… encore une fois, il a perdu contact avec le moment présent.

La pleine conscience est un état d’être idéal pour apprendre à être là où la vie se passe réellement, dans le seul moment qui existe, dans le moment présent. Le passé est une histoire et le futur une illusion. Nous ne pouvons ruminer le passé que dans le moment présent, de même que nous ne pouvons envisager l’avenir que dans le moment présent.

La pleine conscience implique une incarnation totale dans le moment présent, l’ici et maintenant.

Les neurosciences peuvent aujourd’hui démontrer les effets de la pleine conscience sur le cerveau avec des examens très pointus comme l’IRMf (imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle). De plus, d’autres bienfaits de la pleine conscience peuvent aussi démontrés : une meilleure réponse au stress et une meilleure réponse immunitaire, ainsi que des améliorations en termes de vitalité et de bien-être. Principalement, des choses très importantes pour les apprenants en manque de motivation scolaire ou qui manifestent des comportements difficiles en milieu scolaire.

Ainsi, certaines écoles aux Etats Unis ont remplacé les réprimandes par la méditation de la pleine conscience. Ce fût le cas de l’école élémentaire Robert W. Coleman de Baltimore. Où un espace a été aménagé pour accueillir les étudiants qui se sont mal conduits et où ils sont invités à se calmer et à se recentrer par des exercices de respiration et de méditation.

Dans cette école, il n’y a pas que les enfants ayant des problèmes disciplinaires qui sont envoyés dans la « Pièce du Moment Conscient ». Les enfants souffrant d’anxiété, de maux de tête, de problèmes d’estomac et plus généralement de stress y sont également appelés pour des séances de vingt minutes avec des instructeurs de pleine conscience. Ces dernières comprennent cinq minutes de discussion ciblée et quinze minutes de pratique de la pleine conscience, de yoga ou d’exercices de respiration en fonction de la situation. Cet espace de « pleine conscience » est aussi destiné à des séances d’yoga données après les cours.

Ce qui est intéressant dans ce type de programme de gestion des comportements difficiles et de gestion des émotions, est qu’il est très peu coûteux et les résultats très satisfaisants.

Un autre usage très attirant de la pleine conscience serait d’inviter les élèves à ce retour au calme juste avant les examens. Cette période pendant laquelle le cerveau émotionnel des apprenants est en état d’alerte et qui pourrait les empêcher d’utiliser leur intellect à bon escient. De plus, ce petit moment de pleine conscience aiderait aussi les étudiants à être plus concentré, un état d’esprit primordial lors des examens.

Et si la pleine conscience devenait une réalité dans les écoles ?