Ressentiment et vie de couple

« Est-il possible, pendant près d’un demi-siècle, de n’observer qu’un seul côté de la créature qui partage notre vie ? Se pourrait-il que nous fassions, par habitude, le tri de ses paroles et de ses gestes, ne retenant que ce qui nourrit nos griefs et entretien nos rancunes ? », se demande François Mauriac dans son roman Le Nœud de vipères.

La vie conjugale (et familiale) est un lieu où de nombreux ressentiments peuvent s’enraciner. Il y a tant de possibilités de frustration et d’incompréhension, si le nettoyage par le dialogue ou les expériences agréables vécues ensemble n’est pas fait régulièrement. Lorsqu’on vit ensemble, on croise de nombreux « carrefours du divorce », où l’on peut prendre, poussé par les vents du ressentiment, le mauvais embranchement.

Dans un couple, les conflits sont normaux. Ce qui fait la différence entre couples fonctionnels et dysfonctionnels, ce n’est pas tant leur fréquence que leur ampleur (jusqu’où montent-ils ?) et leurs conséquences (laissent-ils tout un sillage d’états d’âme de ressentiment qui va polluer la suite et freiner la réconciliation ?). Dans ces conflits pathologiques, il n’y a pas de désir de solution mais plutôt de punition, pas de recherche de collaboration mais de dominance (qui a raison ? qui mérite d’être puni ? qui doit demander pardon à l’autre ?).

Les couples qui marchent bien disposent d’une capacité à « laisser passer les orages », même si les partenaires n’ont pas réglé le problème de fond. Car, parfois, il y a des problèmes qui ne peuvent tout simplement pas être réglés (la belle-famille en est classiquement un). Alors on les tolère, on les recouvre avec l’amour, de l’affection et du temps qui passe. Ou on prend soin de n’en reparler qu’à bonne distance. Entre temps, les états d’âme positifs vécus ensemble et partagés ont adouci le ressentiment, empêché sa rumination et rendu possible un DIALOGUE BIENVEILLANT.

Chez les couples en difficulté, en revanche, tout conflit s’envenime, et toute tentative de discuter devient elle-même une source de conflit où l’on s’agace de l’attitude du conjoint dans l’échange. Notre mémoire va leur donner une cohérence qu’ils n’ont pas forcément, va construire là-dessus une histoire d’échec, d’incompréhension, de tromperie sur la marchandise (« ce n’est plus la personne que j’ai aimée »). Plus on y repense, plus on active la circuiterie cérébrale qui va ensuite associer à toute dispute cette histoire de relations conflictuelles à laquelle nous résumons désormais notre couple. Et au bout d’un moment, on finit par ne plus voir l’autre que comme un agresseur, un contrarieur, par ne plus le percevoir que sous ses mauvais côtés, par ne plus avoir que des états d’âme négatifs associés à son évocation.

Une souffrance pour nous, nous fait oublier la souffrance de l’autre et nous nous replions sur notre ego.

En thérapie de couple, un travail individuel est fait sur chaque partenaire, mais aussi avec le couple afin que chacun ressente, et seulement ressente, sans juger le comportement de l’autre, sans l’accuser. Et où l’autre conjoint, écoute sans parler. On cherche aussi à initier le couple à la communication non violente, à observer sans juger, à apprendre d’abord à s’observer (ses émotions, ses besoins) et s’accepter, pour ensuite rétablir à la relation à l’autre dans le respect de soi et de l’autre.

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Source : Les états d’âme. Un apprentissage de la sérénité. Christophe André